Les Suédois votent dans une course électorale serrée alors que l’extrême droite monte en puissance


STOCKHOLM (Crumpa) – Les Suédois ont commencé à voter dimanche aux élections législatives qui ouvriront la voie à un gouvernement de droite sans précédent soutenu par l’extrême droite ou à un troisième mandat consécutif pour les sociaux-démocrates au pouvoir.
Les sondages d’opinion ont prédit une course serrée avec une avance très mince pour le Premier ministre Madeleine Andersson‘s sociaux-démocrates et le bloc de gauche, à la suite d’une campagne dominée par l’augmentation des fusillades entre gangs et la flambée des prix de l’électricité.
Les bureaux de vote ont ouvert à 8h00 (06h00 GMT) et fermeront à 20h00, les résultats définitifs étant attendus vers minuit.
Dans un bureau de vote installé dans la gare centrale de Stockholm, Erwin Marklund, informaticien de 34 ans, s’est dit préoccupé par la montée de l’extrême droite et avait voté pour le petit Parti de gauche.
“Il est important de ne pas faire entrer l’extrême droite dans le système”, a-t-il déclaré à l’AFP.
Le bloc de droite n’a jamais accepté de coopérer avec les démocrates suédois nationalistes et anti-immigration, longtemps traités de “parias” par les autres partis politiques.
L’extrême droite s’est hissée à la deuxième place des sondages derrière les sociaux-démocrates dans les dernières semaines de la campagne, créditée d’environ un cinquième des voix.
Leur poussée – dépassant les chefs traditionnels du bloc de droite, les modérés conservateurs – a été attribuée à une course électorale axée sur des questions proches de leurs électeurs, notamment la criminalité, la ségrégation et l’intégration des immigrés.
Le Premier ministre Andersson, 55 ans, espère cependant s’accrocher au pouvoir avec le soutien des petits partis de gauche, du centre et des verts.
S’adressant aux journalistes lors d’un rassemblement à la veille du vote, elle a déclaré qu’elle espérait avoir convaincu les électeurs “que les sociaux-démocrates sont un parti pour les gens ordinaires, pour les travailleurs, avec de bons filets de sécurité, de bons emplois et un bon avenir”.
– Des jours difficiles à venir – Andersson, dont le parti domine la politique suédoise depuis les années 1930, bénéficie d’un large soutien parmi les Suédois.
Elle a toujours dirigé son challenger pour le poste de Premier ministre, chef des modérés Ulf Kristerssonde loin dans les sondages d’opinion.
Pourtant, les sondeurs ont mis les deux blocs dans une impasse, prédisant 49,7 à 51,6 % de soutien des électeurs pour la gauche et 47,6 à 49,4 % pour la droite.
Kristersson est l’architecte d’un demi-tour majeur pour l’aile droite.
Il a lancé des pourparlers exploratoires avec les démocrates suédois en 2019 et approfondi leur coopération avant que les deux autres petits partis de droite, les chrétiens-démocrates et dans une moindre mesure les libéraux, ne lui emboîtent le pas.
“Dans l’état actuel des choses, nous avons deux blocs assez clairs”, a déclaré à l’AFP la politologue Katarina Barrling, notant qu’il devrait être assez facile de prédire le prochain Premier ministre après la nuit des élections.
Cependant, les deux blocs sont en proie à des divisions internes qui pourraient rendre les négociations laborieuses pour construire un gouvernement de coalition.
Les élections précédentes de 2018 ont abouti à une impasse de quatre mois qui s’est terminée par la formation par les sociaux-démocrates d’un gouvernement minoritaire.
Ce serait un scénario cauchemardesque cette fois-ci.
En plus d’une crise économique imminente, la Suède est actuellement dans le délicat processus d’adhésion à l’OTAN et devrait prendre la présidence de l’UE en 2023.
“La pression pour avoir un gouvernement uni et efficace est plus forte aujourd’hui que lors des dernières élections”, a noté Barrling.
– “Énorme changement” – La fin de l’isolement politique des démocrates suédois, et la perspective qu’il devienne le plus grand parti de droite, est “un énorme changement dans la société suédoise”, a déclaré Anders Lindberg, éditorialiste au tabloïd de gauche Aftonbladet.
Issus d’un mouvement néonazi à la fin des années 1980, les démocrates suédois sont entrés au Parlement en 2010 avec 5,7 % des voix. Ils ont remporté 17,5% en 2018.
La poussée du parti survient alors que la Suède lutte pour lutter contre l’escalade des fusillades de gangs attribuées aux batailles sur le marché de la drogue et des armes.
Le pays est désormais en tête des statistiques européennes sur les décès par arme à feu.
Alors que la violence était autrefois confinée aux endroits fréquentés par les criminels, elle s’est propagée aux espaces publics tels que les parcs et les centres commerciaux, suscitant l’inquiétude des Suédois ordinaires dans un pays longtemps connu comme sûr et paisible.
“Mon pays a totalement changé de peut-être le plus sûr au monde”, 56 ans Ulrika a déclaré à l’AFP lors d’un rassemblement d’extrême droite samedi soir.
“Je suis tellement heureuse de mon enfance… dans ce genre de pays sûr, mais aujourd’hui, personne ne peut sortir sans peur”, a-t-elle déclaré.
“Nous savons que c’est parce que d’autres cultures arrivent dans notre pays”.
Ingrid Schmidt, une chercheuse de 62 ans, n’est pas d’accord.
“Il est important d’exprimer votre voix contre ces valeurs de droite”, a-t-elle déclaré en votant à la gare centrale dimanche.
Plus de 80% des 7,8 millions d’électeurs suédois éligibles devraient voter.



Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*