La capitale des Salomon impose un couvre-feu après trois jours d’émeutes


HONIARA : Un couvre-feu nocturne est entré en vigueur vendredi dans la capitale agitée des Îles Salomon, Honiara, après une troisième journée de violence qui a vu le domicile du Premier ministre attaqué et des pans de la ville réduits en ruines fumantes.
La police a tiré des coups de semonce et des gaz lacrymogènes pour disperser les émeutiers qui ont marché sur la maison du leader assiégé Manasseh Sogavare dans l’est de la capitale balnéaire habituellement endormie.
La foule a mis le feu à au moins un bâtiment voisin avant d’être refoulée vers le centre-ville, ont constaté des journalistes de l’AFP.

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Îles Salomon : un archipel du Pacifique paralysé par les troubles

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Les gens marchent dans les rues pillées de Chinatown à Honiara, aux Îles Salomon. Vendredi, le Premier ministre des Îles Salomon, Manasseh Sogavare, a imputé l’ingérence étrangère à la décision de son gouvernement de transférer les alliances de Taiwan à Pékin pour les manifestations antigouvernementales, les incendies criminels et les pillages qui ont ravagé la capitale Honiara ces derniers jours. (photo AP)

Plus tard, la police et les soldats australiens fraîchement arrivés se sont déplacés pour rétablir l’ordre, protéger les infrastructures essentielles et fournir une présence très visible et lourdement armée dans les rues.
Alors que la pluie tombait en début de soirée, les autorités locales se sont mobilisées pour éteindre les braises de la violence, déclarant un couvre-feu nocturne à Honiara qui restera en vigueur « jusqu’à sa révocation ».
Les foules avaient ignoré un verrouillage antérieur de 36 heures, avec des milliers de personnes – certaines brandissant des haches et des couteaux – errant dans le quartier chinois de la ville, Point Cruz et les quartiers d’affaires, selon des correspondants de l’AFP sur place.
L’explosion de violence est en partie le résultat des frustrations envers le gouvernement de Sogavare et du chômage chronique – aggravée par une pandémie vieille de deux ans.
« La plupart des gens ont à peine un repas par jour, il n’y a pas de touristes et très peu de stimulus économique », a déclaré à l’AFP Douglas Kelson, chef du service d’ambulance Saint-Jean.
« Les gens font des choses qu’ils ne feraient pas normalement quand ils ont faim », a déclaré Kelson, bien qu’il ait vu très peu de blessures.
Après trois jours de chaos, de vastes secteurs de la capitale ont été carbonisés par les flammes même si les émeutiers ont allumé moins d’incendies que les jours précédents.
Les obus noirs brûlés des bâtiments bordaient une rue ravagée par le feu et trois camions incinérés se sont retrouvés bloqués sur la route alors que de jeunes hommes passaient devant.
« Nous vivons dans la peur », a déclaré à l’AFP une habitante Joséphine Teakeni.
« En ce moment, c’est très dur… les enfants seront absents de l’école, beaucoup de mères seront sans emploi. »
Le secrétaire général de la Croix-Rouge des Îles Salomon, Clement Manuri, a déclaré que la police australienne avait aidé à disperser des émeutiers armés de pierres devant son bureau.
Beaucoup de personnes dans les rues vivaient dans des quartiers informels près de Chinatown et avaient bu de l’alcool, a déclaré Manuri.
Dans le quartier chinois même, un grand entrepôt a été incendié vendredi, provoquant une explosion qui a fait fuir des dizaines de personnes en panique.
Un entrepôt de tabac a également été incendié alors que la fumée des incendies des jours précédents a projeté des parties de la ville dévastée de 80 000 habitants dans une brume âcre.
Les forces de police royales des Îles Salomon, débordées, ont déclaré n’avoir procédé qu’à deux arrestations, bien que deux postes de police figurent parmi les nombreux bâtiments incendiés.
Les quelque 100 casques bleus australiens sont arrivés dans la nuit, quelques heures seulement après que Sogavare ait supplié ses voisins de l’aider d’urgence.
Dans une lettre obtenue par l’AFP, Sogavare a indiqué à son homologue de Papouasie-Nouvelle-Guinée James Marape que « certains éléments » avaient « tenté de renverser un gouvernement démocratiquement élu » et a demandé l’envoi de casques bleus pour une « période de trois à quatre semaines ».
La Papouasie-Nouvelle-Guinée a accepté d’envoyer 34 soldats de la paix pour aider à enrayer la violence.
Dans une adresse à la nation, Sogavare a déclaré aux citoyens que les Salomon avaient été « mis à genoux » par les émeutes, mais a juré de résister aux appels à sa démission.
Le leader pro-Pékin a affirmé que les puissances étrangères opposées à sa décision de 2019 de transférer l’allégeance diplomatique des Salomon de Taiwan à la Chine étaient à l’origine des troubles.
Les experts disent que la crise a également été alimentée par une animosité de longue date entre les habitants de l’île la plus peuplée de Malaita et le gouvernement central basé sur l’île de Guadalcanal.
La nation de l’archipel d’environ 700 000 personnes a subi pendant des décennies des tensions ethniques et politiques.
Les habitants de Malaita se plaignent depuis longtemps que leur île est négligée par le gouvernement central, et les divisions se sont intensifiées lorsque Sogavare a reconnu Pékin en 2019.
Le gouvernement chinois a condamné vendredi les violences et s’est engagé à « protéger la sécurité et les droits et intérêts légitimes des citoyens et des institutions chinois ».



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