le nouveau James Bond divise la critique


Ce volet ne ressemble à aucun autre. Loin d’être unanime, la presse française a des avis très divergents sur la fin de l’ère Daniel Craig dans la peau de 007.

Le James Bond nouveau est arrivé. Mourir peut attendre, dernier film de Daniel Craig dans la peau de l’espion britannique, débarque enfin ce mercredi 6 octobre dans les salles françaises. Six ans après Spectre, ce nouveau volet est un succès commercial annoncé. La presse française a rendu son verdict. Une critique divisée par l’approche plus personnelle du personnage, mais globalement convaincu par les adieux à la franchise de Daniel Craig.

Éric Neuhoff, critique cinéma du Figaro, est partagé sur cet épisode de presque trois heures qui répond aux canons de la saga, sans plus. «Bond est sage, philosophe, désabusé. (…) Daniel Craig, faux Steve McQueen raviné, a un genou qui donne des signes de faiblesse. La retraite ne suffit pas.»

«Sublime et déchirant»

Dans une critique dithyrambique, Les Inrocks acclame un nouveau film «brillamment mis en scène» en forme de «crépuscule déchirant et [d’] aube éblouissante. (…) À mille lieues des clichés virilistes, racistes et misogynes qui ont été par le passé au cœur des James Bond, ce dernier opus se conclut sur une tragédie amoureuse, à la fois sublime et déchirante».

Dans la même veine, Libération salue un James Bond cuvée 2021, qui a su faire évoluer son image, jusque-là bloquée dans une virilité très années 60 : «Dissous, puis expédié, enfin, dans les temps révolus où Bond incarnait tout ce qu’on ne veut plus voir ni entendre : le masculinisme, la violence faite aux femmes par tous les biais physiques et symboliques, l’attachement aux valeurs d’une nation décadente et à sa classe dirigeante exclusive et raciste, les balades décomplexées dans les anciennes colonies du Commonwealth où le Britannique bien né et blanc est toujours un peu chez lui, et par conséquent ne se gêne pas pour tout faire exploser sur son passage». Le journal reconnaît que «“Mourir peut attendre” n’est pas le meilleur des Bond, mais fait un doudou très digne de nos temps troublés».

GQ loue aussi un James Bond en «marche forcée vers la modernité». Un film «qui surprend, osant des ruptures de ton telles que l’ère Daniel Craig, commencée en 2006 avec « Casino Royale« , n’en a certainement jamais connues». En clair, «une superbe réussite», et un long-métrage «audacieux, décomplexé et sensible».

«Trop humain, il n’est plus très… bondien»

Son règne aura duré quinze ans et cinq films. Moins que les sept volets de Roger Moore, mais autant que Sean Connery, le premier et plus iconique de tous les James Bond. Une dernière prestation attendue par tous les observateurs, qui n’a globalement pas déçu.

Dans une chronique écrite à quatre mains, Yves Jaeglé du Parisien loue la prestation du Britannique et estime «qu’avant Daniel Craig, aucun interprète n’a réussi sa sortie. Même Sean Connery. (…) Il est le seul qui a su partir à temps, tout en nous offrant le spectacle pudique et franc de son vieillissement à l’écran.» Son collègue Renaud Baronian est lui moins convaincu, même s’il reconnaît que Craig «humanise le héros de façon touchante. Mais à devenir trop humain, il n’est plus très… “bondien”».

Dans la lignée de ces louanges, GQ embraye : «Jamais l’acteur de 53 ans n’a campé son héros avec autant de rage et de sensibilité, comme galvanisé par l’idée de s’offrir une sortie digne de ce nom».

Moins élogieux, La Voix du Nord remarque «un Bond sombre, sauvage, contraint de questionner son passé, son métier… et son rapport aux femmes. Ce sont ses traumas sentimentaux qui sont ici auscultés, donnant à “Mourir peut attendre” une étrange singularité» et regrette un film «trop long, au scénario décousu».

«Un film raté»

À l’instar du quotidien régional des Hauts-de-France, l’entrée à pied joints de la saga dans le XXIe siècle et les nouvelles facettes de la personnalité de 007 n’ont pas convaincu tout le monde. Le Monde dénonce une «hypocrisie politiquement correcte» et un film «qui feint de dégager le vieux séducteur blanc (désormais interdit de sexe !) au profit de la combativité de sa jeune successeure noire, laquelle se révèle en cours de route, tandis que 007, réintégré dans ses fonctions, revient sur le devant de la scène, une potiche comme une autre». «Un film raté», «au scénario paresseux», qui «porte sur ses épaules un fardeau trop lourd pour lui» selon le quotidien du soir.

La Croix salue la prestation de Ana de Armas «pétillante surprise», mais déplore un nouveau volet dans lequel «la faiblesse du (trop) long-métrage à la réalisation calibrée réside avant tout dans l’alternance systématique entre scènes musclées et pétaradantes, avec armes et véhicules en tous genres et tunnels statiques trop bavards où les personnages refont le monde à grand renfort de propos d’une banalité déconcertante… sur la vie, la mort, la fuite du temps, les valeurs auxquels on croit encore ou on ne croit plus».

Un scénario «demi-pot-pourri, demi-pot de départ» qui n’a pas non plus impressionné Télérama , qui déplore un James Bond «qui chamboule la saga sans éblouir», un film «qui rebat les cartes mais manque de souffle».

Même son de cloche du côté de Première , qui regrette un long-métrage «interminable, comme un clone de « Mission impossible »» mais reconnaît que «“Mourir peut attendre” est très convaincant quand il envisage – enfin ! – de nouveau James Bond comme un film essentiellement très distrayant». Le magazine conclut sur un conseil au spectateur : «À la fin, le sentiment que provoquera en vous “Mourir peut attendre” dépendra plus de votre attachement à une franchise qu’à un acteur. Est-ce que c’est une bonne nouvelle ? Pour l’industrie, évidemment oui. James Bond reviendra, plus personne n’en doute».

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