Le Baiser de Brancusi ne quittera pas le cimetière du Montparnasse


La sculpture a été classée monument historique et ne s’envolera pas pour la Russie, mettant fin à des années d’un bras de fer entre les héritiers de Tatiana Rachevskaïa et l’État français.

Les descendants de l’exilée russe, décédée en 1910, exigeaient de pouvoir disposer de l’œuvre et, vraisemblablement, de la vendre. Alors que le dossier était ouvert depuis une dizaine d’années, la décision a finalement été rendue le 2 juillet ; elle est sans appel. La sculpture, érigée sur la sépulture de Tatiana Rachevskaïa il y a plus d’un siècle, ne quittera pas le cimetière du Montparnasse.

Une décennie de négociations

L’histoire débute en 2005 lorsque Guillaume Duhamel, marchand d’art parisien, décide de se pencher sur cette œuvre de Constantin Brancusi. Commandé par son fiancé pour la modique somme de deux cents francs en 1910 à un artiste alors inconnu du grand public, Le Baiser a été disposé sur la sépulture de Tatiana Rachewskaia, jeune exilée russe de 23 ans. En même temps que la renommée de son créateur, la valeur de la sculpture a grandi avec le temps. À tel point qu’un expert anonyme l’a récemment estimée à 40 ou 50 millions d’euros.

C’est pourquoi Guillaume Duhamel a retrouvé et contacté les descendants de la défunte. Ces derniers ont rapidement entamé les démarches nécessaires à l’exportation de la sculpture vers la Russie et en 2006, une demande est déposée auprès du ministère de la Culture, afin d’obtenir un certificat de sortie du territoire. L’État français s’y est radicalement opposé et a rapidement inscrit la sculpture au titre des monuments historiques, afin d’en éviter la vente. C’est sur cet argument que les descendants de Tatiana Rachewskaïa se sont appuyés, arguant que l’œuvre n’a pas été réalisée pour la sépulture mais en 1909, deux ans avant le décès de la jeune femme.

Depuis 2018, la sculpture a été mise à l’abri dans une caisse en bois, installée par les héritiers. En décembre 2020, à la suite d’un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris, les descendants ont tenté de venir récupérer ce qu’ils considèrent comme leur propriété, sans succès. Au début de l’année, la sculpture s’est vue retirer son titre de monument historique par la justice française. Heureusement pour la ville de Paris, la saga Brancusi a connu d’autres rebondissements.

Un édifice insécable

Le 2 juillet dernier, le Conseil d’État a délibéré, mettant un point final à tous débats concernant l’avenir de la sculpture. La décision de justice a été prise en tenant compte du caractère indissociable de l’œuvre, qui a été acquise spécifiquement pour la tombe. Le Baiser et sa stèle font partie intégrante d’un édifice insécable qui constitue un monument funéraire. Juridiquement, l’ensemble est considéré comme un immeuble par nature, l’État français est donc le seul décisionnaire pour l’inscrire aux monuments historiques. L’œuvre de l’artiste roumain Constantin Brancusi ne pourra être descellée de sa stèle.

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