Marthe Mercadier, une vie au service du rire


Chaque semaine, retrouvez les pépites de nos archives avec Madelen. La comédienne, décédée le 15 septembre, a laissé une œuvre qui montre la folie joyeuse de celle qui, dans l’histoire, demeurera une «reine du Boulevard.»

La diffusion le 22 décembre 1966, de la pièce Interdit au public sur la première chaîne crée ce que l’on n’appelle pas encore le «buzz». Quelques semaines auparavant, quand la direction de l’ORTF lui demande de prolonger une série seulement prévue pour l’été, Pierre Sabbagh choisit la pièce de Jean Marsan. Il ignore alors qu’une salle parisienne s’apprête à la mettre à l’affiche. Le directeur de celle-ci est alors désespéré. Il est convaincu que la programmation sur le petit écran va vider sa salle. C’est le contraire qui se produit. Dès le lendemain de la diffusion, il affiche complet. Le public veut voir «en vrai», Jean le Poulain, Maria Pacôme et… Marthe Mercadier, décédée ce 15 septembre. Cette œuvre que vous pouvez découvrir sur Madelen montre la folie joyeuse de celle qui, dans l’histoire, demeurera une «reine du Boulevard.»

Au début des années 1950, elle a connu son premier triomphe à la scène avec Le don d’Adèle, de Barillet et Grédy, qu’elle a interprété 1300 fois. Depuis, elle n’a jamais cessé d’être à l’affiche, de Chérie noire à De doux dingues en passant par Sacré Léonard, avec Poiret et Serrault. Et dire que sa vocation était de devenir tragédienne et de jouer Phèdre ! C’est dans ce but qu’au lendemain de la guerre, elle entre dans le cours de théâtre de Maurice Escande, de la Comédie-Française. Parmi les autres «apprentis comédiens» figurent Michel Bouquet, Robert Hirsch, Pierre Mondy et Jacques Charon. Un remplacement en urgence dans Le Barbier de Séville, où on lui confie le rôle de Rosine, bouleverse ses plans. Les rires qu’elle déclenche lui font prendre conscience d’un tempérament comique qui, en fait, lui correspond parfaitement.

Profiter de ce jour

À la ville, elle ne cesse de dire que la vie est belle, qu’il faut l’aimer, la célébrer. Il est fréquent qu’elle se réveille le matin, avec l’intention de profiter de ce jour, qui sera peut-être le dernier. Les épreuves de ses jeunes années lui ont appris à savourer chaque instant . À huit ans, une mauvaise chute d’une pyramide humaine dans la cour de récréation a brisé sa colonne vertébrale. Paralysée, elle a passé dix mois à l’hôpital avant de retrouver, par miracle, l’usage de ses membres. Adolescente, elle a fait passer des messages à la Résistance puis a été arrêtée par des officiers allemands. Après l’avoir interrogée, ils l’ont relâchée en lui offrant un gâteau à la crème. Un autre miracle ! En soixante ans de carrière, Marthe Mercadier a joué dans une cinquantaine de pièces, tourné dans plus de soixante films et animé 345 émissions de radio. Son apparition récurrente dans Les saintes chéries, aux côtés de Micheline Presle, lui a valu une notoriété nationale.

Au début des années 70, elle prend la direction du théâtre du Vieux Colombier, à Paris, alors en perdition. Elle programme jusqu’à cinq spectacles par jour, installé un café ouvert jusqu’à minuit et fait débuter Pascal Legitimus, André Dussolier, Béatrice Agenin,Coline Serreau et quelques autres. L’aventure va durer trois ans. Manque de subvention oblige, elle s’achève par une montagne de dettes qui l’oblige à vendre l’essentiel de son patrimoine. Fidèle à son image, elle a alors choisi d’en rire plutôt que d’en pleurer.

Les Saintes Chéries de Nicole de Buron, avec Micheline Presle, Marthe Mercadier, Daniel Gélin, Jean Yanne, Jacques Higelin, Dany Saval, Romain Bouteille…

Abonnement gratuit sur Madelen deux mois, puis 2,99 euros par mois.

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