huit mois de prison avec sursis


Le chanteur américain Robert Dean Smith avait failli être écrasé par une boule géante. Le machiniste accusé d’avoir mis sa vie en danger au Théâtre du Capitole de Toulouse a été condamné à huit mois de prison avec sursis.

Un banal mercredi soir, une simple représentation d’opéra, et en une fraction de seconde, des destins qui basculent dans l’étrange, le rocambolesque. L’histoire aurait pu jaillir du cerveau d’un Hitchcock ou d’une Agatha Christie. Elle a pourtant bien eu lieu, avec pour décor le prestigieux Théâtre du Capitole de Toulouse.

Le 28 janvier 2015, le ténor américain Robert Dean Smith est en représentation sur les planches du théâtre de la Ville Rose. Dans le dernier acte de Tristan et Isolde, une adaptation de Wagner, le ténor est à terre. Une boule en carton-pâte de 200 kilos est censée s’arrêter à quelques centimètres de lui, symbolisant une pierre tombale. La boule de 200 kilos continue sa course, et le ténor doit sa survie à un réflexe, qui lui permet d’effectuer une petite roulade. Le public n’a pas idée de ce qui se trame devant leurs yeux et applaudit.

Deux hommes au centre de l’affaire

Le ténor sain et sauf, l’affaire aurait pu rester au stade de l’erreur humaine. Mais la mairie de Toulouse, qui a le théâtre sous sa responsabilité, décide de porter plainte. L’ambiance délétère au sein de la troupe à cette époque oriente les enquêteurs vers une piste tout sauf accidentelle. Les soupçons se tournent alors vers Nicolas, 36 ans à l’époque. Ce machiniste est depuis quelques mois en conflit avec Richard, un collègue. Ce dernier avait été condamné deux mois plus tôt pour violence contre ce même Nicolas.

A-t-il utilisé ses connaissances techniques pour faire porter le chapeau de la catastrophe à Richard, à la baguette dans les coulisses ce soir-là ? Nicolas jure que non. Plusieurs éléments jouent pourtant en sa défaveur, comme des analyses de téléphonie qui le font «borner» au Capitole au moment du changement de réglage de la boule au centre de l’enquête. Après des années de tâtonnement, la justice a finalement renvoyé Nicolas devant un tribunal, pour avoir «entravé ou faussé le fonctionnement d’un système de traitement automatisé des donnés» et «frauduleusement modifié des données dans un système de traitement automatisé des données».

Machination ou vengeance ?

Jugé jeudi 9 septembre, l’accusé a toujours nié être l’auteur de ce sabotage. Comme le rapporte La Dépêche du Midi , les deux camps n’ont cessé de se renvoyer la balle tout au long de l’audience. «La veille de la représentation, le programme informatique a fait l’objet d’une modification forcément humaine. À ce moment-là, vous étiez la seule personne en capacité à réaliser ce changement», assène la présidente à Nicolas. L’avocat de ce dernier réfute, et s’étonne de plusieurs éléments troublants : «Avant chaque spectacle, une répétition des décors est réalisée. C’est une obligation. Le jour de la première, ils ont tout vérifié, sauf le rocher ! Curieux.»

Face aux arguments de la défense qui est restée sur sa thèse d’une machination pour mettre en cause le machiniste, la présidente est restée de marbre. Elle a requis huit mois avec sursis et 1000 euros d’amende. «Tout cela me laisse dubitative et je ne vois pas d’autre solution que votre culpabilité !», a-t-elle déclaré à l’accusé.

Le tribunal correctionnel l’a suivi et condamné le machiniste à une peine de huit mois de prison avec sursis, au remboursement des 1500 euros de frais de justice, ainsi qu’au versement d’un euro symbolique à la mairie de Toulouse. De bout en bout, une affaire brinquebalante, comme cette boule de carton-pâte à la trajectoire indécise.

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