Tollé à New York après le suicide d’un adolescent au Vessel, l’emblème des Hudson Yards


Décrié pour son manque de réaction après trois précédents accidents, le groupe immobilier en charge du bâtiment pourrait définitivement fermer l’édifice au public, deux ans après son inauguration.

Avec ses écailles segmentées qui enserrent un jeu évasé d’escaliers et de balcons, le Vessel («le Vaisseau») ancré dans le quartier new-yorkais des Hudson Yards a des airs de pomme de pin cuivrée et futuriste. Quoique beaucoup moins imposant que les gratte-ciel voisins, ce monument singulier de 46 mètres de haut a été plusieurs fois pointé du doigt par le passé en raison du manque de sécurité de la structure. Ses garde-corps, en particulier, n’arrivent qu’à mi-hauteur d’un adulte moyen, pas de quoi empêcher l’irréparable. Déjà exprimées hauts et fort au cours des derniers mois, ces critiques ont redoublé, alors que la promenade a refermé ses portes au public vendredi au lendemain d’un nouveau suicide. Le quatrième en deux ans.

«Nous pensions avoir fait tout ce qui était possible pour éviter cela», s’est désolé auprès du Bête quotidienne le milliardaire Stephen Ross, le président du groupe immobilier Related Companies qui gère le monument et le complexe des Hudson Yards. Les précédents accidents, dus à visiteurs solitaires, avaient en effet conduit à une révision des règles de sécurité du lieu, mais sans qu’aucune retouche ne soit apportée à l’architecture elle-même. La multiplication des agents, les contrôles renforcés et les interdictions de courir ou de visiter seul ce nouvel emblestme de Manhattan ne sont pas parvenus à empêcher un adolescent de 14 ans – accompagné de sa famille – de se jeter, jeudi, du dernier étage de l’édifice. «Nous pensions avoir tout couvert, a assuré Stephen Ross vendredi. Il est difficile de vraiment comprendre comment quelque chose comme ça a pu arriver.» Fermé au public pour le temps de l’enquête, le Vessel pourrait tout simplement ne plus rouvrir, même si le milliardaire américain a pour l’heure déclaré «étudier toutes les possibilités».

Des alertes avant l’inauguration

Ce dernier drame est d’autant plus malheureux qu’il n’était pas imprévisible, loin – très loin – de là. «(Le groupe) Related est tout simplement dans le faux quand il affirme avoir fait tout ce qui était possible ici», s’est indigné auprès du Bête quotidienne Lowell Kern, le président du conseil communautaire n°4 de Manhattan. «Ils auraient pu relever la hauteur des barrières, ce qui aurait permis d’éviter cette tragédie. Pour des raisons qui nous sont inconnues, ils ont décidé de ne pas le faire.» Or la question de la hauteur des garde-corps a été soulevée plus d’une fois ces dernières années. «La seule façon d’éviter de futures tragédies est de relever la hauteur des barrières», avertissait par exemple déjà Lowell Kern dans un entretien accordé au New York Times en mai, au moment de la réouverture du Vessel au public quatre mois après le troisième suicide.

Le sujet des barrières de sécurité – ou plutôt celui de leur absence – avait même été évoqué dès 2016, lors de la présentation du projet architectural. «Lorsque l’on construit en hauteur, les gens sautent», constatait à l’époque Le journal de l’architecte , qui s’étonnait de l’absence de protection en Plexiglas ou de grillages métalliques semblables à ce qui avait été fait à la Bobst Library. Après le suicide d’un étudiant, la bibliothèque de l’université de New York avait installé en 2012 un système de grilles d’aluminium doré, qui ne jurait pas avec le reste de son atrium monumental. «(Stephen) Ross et (l’architecte Thomas) Heatherwick ne semblent pas avoir tiré les leçons de la Bobst, ni des ponts et des grands bâtiments emblématiques de la ville», résumait en 2016 Le journal de l’architecte, qui renvoyait alors à la fonction première du monument : «Si des barrières sont installées, comment affecteront-elles les vues, principal argument de vente de Vessel ?»

L’entrave à la vue sur New York ainsi qu’à «l’expérience de design immersif et partagé» qu’offre le Vessel – selon les termes employés lors de son inauguration en 2019 – serait bel et bien restée la ligne rouge de Related Companies, ainsi que s’en alarmait au printemps Lowell Kern. «Je comprends que le Vessel soit considéré comme une œuvre d’art et d’architecture, et qu’il y ait une part d’esthétique qui entre en compte, mais lorsque l’on essaye de trouver un équilibre entre une démarche esthétique et la perte de vies humaines, le choix à faire paraît évident», confiait-il au New York Times. Longtemps accessible pour 5 dollars, le prix d’entrée sur le Vessel est passé à 10 dollars, dans le cadre des mesures de protection renforcée du site. Construit pour une somme de 200 millions de dollars, dans le cadre du réaménagement des abords de la gare de triage du métro de New York, le Vessel a été visité par plus de 2,5 millions de visiteurs depuis 2019.

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