Matt Damon, la Vierge et la lutte des classes


Vendredi 9 juillet – La vedette américaine a créé la sensation en présentant Stillwater, un film tourné à Marseille. Sortie attendue du jour : Benedetta, l’histoire d’une nonne lesbienne du XVIIe siècle avec Virginie Efira.

Matt Damon a deux amours : son pays et Marseille. S’il était jeune et habitait en France, c’est dans la cité phocéenne qu’il élirait domicile. L’acteur américain à l’affiche de Stillwater, tourné pendant plusieurs mois là-bas, l’a affirmé en conférence de presse. Il s’est aussi souvenu de sa partie de foot avec des jeunes du coin. La veille, il lançait en bas des marches : «PSG, non, non, non. Allez l’OM !». Il s’est fait des amis dans la région. Et au moins un ennemi : Spike Lee. Le président du jury, était attifé d’un survêtement du Paris Saint-Germain à son arrivée au festival.

Après sa projection de gala, cinq minutes d’ovation ont couronné le thriller. Matt Damon en a eu les larmes aux yeux. Il y incarne un père américain désarmé, perdu, à la recherche de sa fille mise en prison pour un meurtre qu’elle dit n’avoir pas commis. «Il me suffisait de regarder Camille pour qu’elle m’emmène sur la bonne voie», confesse Matt Damon à la présentatrice Anne-Sophie Lapix. Camille Cottin, sa partenaire à l’écran, réplique : «J’avais le cœur qui battait quand je l’ai rencontré». Tant elle était impressionnée. Les rumeurs à leur sujet courent plus vite que les Springboks.

Fuir la célébrité

À Cannes, les journalistes se transforment en groupies. Il faut voir le nombre de smartphones levés en conférence de presse pour immortaliser le talentueux Mr. Damon. L’acteur garde sa sérénité. Son personnage à l’écran vient de l’Oklahoma. Il est allé rencontrer les ouvriers de cette région du sud des États-Unis pour s’en inspirer. Ce milieu «n’est pas le sien», confesse-t-il. Mais il ne doit pas être si différent de celui de certains badauds qui faisaient le pied de grue devant le Martinez. Matt Damon n’aime pas se voir comme une célébrité et n’est pas allé à leur rencontre. À leur grande déception.

Paparazzi everybody. En conférence de presse, les journalistes, comme les fans du pied des marches, immortalisent le talentueux Mr. Damon. B P

Le Martinez est sur la braise. Le Carlton voisin fermé pour travaux, les stars défilent en nombre dans l’établissement Art déco. Dans les jardins, le chef d’équipe intime à ses brigades de serveurs de «rester concentré». Le shih tzu d’une cliente asiatique a le poil taillé en forme de palmier. Personne n’a plus peur ici de porter des tongs ou de demander du lait de soja et d’amande dans leur café. Un scooter stylisé par Christian Dior trône entre les tables. Depuis la rue, quelques touristes tentent, comme l’écrit Proust, «d’apercevoir, lentement balancée dans des remous d’or, la vie luxueuse de ces gens, aussi extraordinaire pour les pauvres que celle de poissons et de mollusques étranges».

Splendeurs et misères du festival

Le festival attire les musiciens de rue en quête d’un morceau de célébrité. Sur la Croisette, un chanteur assassine Toto et U2 ; le vide se fait autour de lui. Un jeune réalisateur espère un miracle en se promenant avec un T-shirt affichant : «Recherche un producteur pour une comédie musicale». Il a loupé Leos Carax, qui vient de passer par-là. La BBC fait des interviews. Ont-ils été déboussolés par la victoire contre le Danemark ? Leurs questions ne concernent ni la palme ni Matt Damon, mais James Bond. Au registre des Anglais déboussolés, un journaliste français a découvert à 4h du matin un Britannique ivre devant son lit. L’énergumène s’était trompé de chambre.

La Croisette avance à pas lents. Une Parisienne en vacances avec ses enfants se demande «comment devenir une star». Une autre sermonne sa copine au téléphone : «Mais pourquoi tu as mis des talons 12 ?» Des poupées russes avalent un sandwich Sodebo. Elles n’hésitent pas à montrer l’adret de leur poitrine. Un abri estropié demande la charité devant la boutique du chausseur florentin Salvatore Ferragamo. Une grappe de jeunes femmes en robe de soirée fait des pieds et des mains pour l’éviter. Le spectacle cannois ne déçoit pas.

L’équipe de Benedetta de Paul Verhoeven monte les marches vendredi soir. Sont notamment attendus Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson. Pourvu que les frères bénédictins de la belle abbaye de Lérins, au large de Cannes, n’aient pas l’envie de découvrir ce film sur une nonne du XVIIe siècle : une Vierge Marie en bois y est taillée en godemiché.

Benjamin Puech


Cancans cannois

Steven Spielberg présentant Les Dents de la mer lors d’une séance en drive-in à Tribeca le 2 juillet. Frazer Harrison / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Accostage du troisième type

3, 2, 1 – docking. Steven Spielberg est annoncé dans la région, croit savoir Nice Matin. Le réalisateur a fait une arrivée discrète, amarrant son yacht loin du tumulte avant de rejoindre le très chic hôtel Eden Roc au cap d’Antibes avec son épouse Kate Capshaw et leurs enfants.

Dans la famille Gainsbourg

«Au début, je ne savais pas vraiment ce que je faisais», a expliqué Charlotte Gainsbourg, qui a filmé sa mère en plusieurs séquences, sur plusieurs années pour livrer Jane par Charlotte. «J’ai fait tout ça de manière égoïste. Je cherchais une excuse pour me rapprocher d’elle», raconte la réalisatrice à l’AFP. «Au début, Charlotte est arrivée avec un énorme cahier, j’avais peur d’un OK Corral de toutes les erreurs que j’ai faites dans ma vie, j’ai flippé», s’amuse de son côté Jane Birkin, qui reconnaît au final avoir découvert avec ce film «la place (qu’elle) occupait» pour sa fille.

Spike Lee, en toute simplicité

Ses acteurs favoris, ses critères pour la Palme, son pronostic pour l’Euro : le président du jury du festival de Cannes Spike Lee s’est prêté vendredi au jeu des questions-réponses avec des jeunes employés de son l’hôtel, recrutés pour promouvoir la diversité. «Levez la main ceux qui ont vu mes films !», leur a-t-il lancé.

Smoking et masque obligatoires

Depuis mercredi soir, avant chaque projection, un message enregistré par Pierre Lescure, le président du Festival, rappelle l’obligation du port du masque pendant les séances, après des manquements dénoncés sur les réseaux sociaux.

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