D’Arthur H à Alexandre Tharaud: en avant la musique!


Pour son 10e anniversaire, le festival de musique de Chambord a programmé des artistes de haut vol.

Une programmation qui lui ressemble. Ouverte. Curieuse. Sans a priori. Mais sans concession non plus. «Qui puisse dénoter une identité forte. Mais aussi s’adresser à tous: mélomanes avertis ou non.» Telle est la feuille de route que s’est fixée Vanessa Wagner en arrivant à Chambord, il y a dix ans, pour assumer la direction artistique du festival à la demande de Jean d’Haussonville. Et tel est l’itinéraire qu’elle suivra cette année encore, pour les dix ans de la manifestation. «Sur 15 concerts, on présente un très large panel de répertoire, explique- t-elle. Du baroque jusqu’aux musiques d’aujourd’hui. On veut montrer que la création est vivante, et qu’elle s’intègre de manière naturelle à l’histoire du lieu depuis François Ier

De fait, le baroque côtoiera cette année, entre les murs de tuffeau du château, la comédie musicale et le minimalisme américains. La «belle danse» si chère à Louis XIV, ravivée par la compagnie de danse L’Éventail et les Folies françoises, sur des airs de Couperin, ainsi que le semi-opéra de Purcell Didon et Énée (par l’ensemble Consonance et la célèbre Véronique Gens), encadreront la transe des Quatre mouvements pour deux pianos de Philip Glass, ou les airs de Broadway du West-Side Story de Bernstein, dans sa version pour deux pianos interprétée par Vanessa Wagner et son confrère Wilhem Latchoumia (programme qui vient de faire l’objet d’un enregistrement chez La Dolce Volta). Pour son concert de clôture, Alexandre Tharaud fera dialoguer dans le même esprit Rameau et Rachmaninov.

Mozart et Salieri, pour un temps réconciliés, s’offriront, eux, à la voix d’Erik Orsenna et aux cordes en boyaux des Arts florissants de William Christie, tandis qu’Arthur H lira Prévert, Bonnefoy ou Rimbaud sur les accords de Nico Muhly, Bryce Dessner ou Gavin Bryars, toujours égrenés par Vanessa Wagner. «C’est un projet né lors du premier confinement pour une captation au Châtelet. Arthur H s’est immédiatement montré enthousiaste, et ça faisait sens d’emmener ce projet à Chambord. Il y a ici une magie des lieux et de l’acoustique à laquelle les artistes de toutes disciplines sont sensibles. Et, pour le public, c’est une manière d’ouvrir encore un peu plus les portes.»

Croiser les publics en misant sur l’interdisciplinarité? C’est là l’autre ADN du festival, qui voyage à travers les époques, mais aussi à travers les genres. «Chaque année, nous avons des projets qui sortent de la musique classique pure. On a souvent accueilli du jazz…» Cette année, ce sera aussi du tango argentin, avec une carte blanche à l’accordéoniste Vincent Peirani, et un concert dansé de l’orchestre spécialisé en tango argentin Silbando. L’occasion de célébrer le centenaire Piazzolla. Car, au festival, même les anniversaires doivent être prétexte à se laisser surprendre. «Je n’ai jamais été très fan des anniversaires… Sauf lorsque ces derniers permettent d’emprunter des sentiers inattendus.»

Programmer des jeunes talents fait partie des missions qui me tiennent particulièrement à cœur, surtout après ce qu’ils ont traversé avec la crise

Vanessa Wagner, irection artistique du festival.

Les 250 ans de Beethoven (que l’on aurait dû fêter en 2020) ouvriront bien le bal dans la cour du Château, avec l’incontournable Héroïque confiée à l’orchestre symphonique de la région Centre-Val de Loire : «C’est très important pour nous d’ancrer le festival sur son territoire, précise Vanessa Wagner. Qui plus est, la phalange sera ici dirigée par la Coréenne Sora Elisabeth Lee…» Elle est une ex-élève d’Alain Altinoglu au CNSM de Paris, et l’une des révélations du premier tremplin pour femmes chefs à la Philharmonie de Paris, en 2018.

Mais l’anniversaire Beethoven sera aussi prétexte d’une ambitieuse création autour de La Lettre à Élise, réarrangée par douze compositeurs, en douze versions différentes, pour douze voix (celles de l’ensemble Musicatreize!), piano et accordéon. Ainsi qu’à un tremplin pour la jeune scène pianistique française, incarnée par Sélim Mazari, Théo Fouchenneret et Nathanaël Gouin, qui se partageront quelques-unes de ses sonates. «Programmer des jeunes talents fait partie des missions qui me tiennent particulièrement à cœur, surtout après ce qu’ils ont traversé avec la crise», estime la directrice, qui invitera aussi cette année, parmi ces jeunes, la violoncelliste Astrig Siranossian, la mezzo-soprano Adèle Charvet, la pianiste Maroussia Gentet ou le quatuor Tana. Sans oublier l’Orchestre des Jeunes du Centre, qui accompagnera leurs aînés du trio Chausson dans le Triple concerto (Beethoven, toujours).

Saint-Saëns lui aussi sera de la partie. Pour les 100 ans de sa mort, pas question d’en proposer une vision ronflante. Sa Danse macabre, son Concerto pour violoncelle et sa Symphonie n° 3 résonneront aux sons acidulés et grinçants des Siècles de François-Xavier Roth, accompagné par Sol Gabetta.

Enfin, la musique poussera les murs. Que ce soit pour accompagner les visiteurs du château lors de leur déambulation le 6 juillet, des bosquets jusqu’aux combles, au son du violoncelle de Siranossian, de l’atypique duo saxo-contrebasse Continuum, et du piano de Maroussia Gentet. Ou lors du concert en forêt du bien nommé quintette de saxophones La Grande Volière, malicieusement qualifié par leur hôte de «réintroduction de musiciens en milieu sauvage»!

.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*