Chez Drouot, les cartes Pokémon partent à prix d’or


La première vente parisienne, uniquement consacrée aux cartes jaunes, a rameuté jeudi un public de trentenaires, peu habitué aux salles de ventes traditionnelles.

De rutilants Florizarre, des Raichu survoltés, des Dracaufeu tout en flammes et, forcément, toute une flopée d’irrésistibles Pikachu. Ces cartes Pokémon n’ont pas changé de mains dans une cour de récré ou dans les méandres numériques d’une plateforme mais dans la clarté d’une salle de vente Drouot. Organisée par la maison Vermot et Associés, une première vente aux enchères française entièrement consacrée aux fameuses cartes à collectionner japonaises s’est déroulée jeudi soir, à deux pas du musée Grévin.

Portée par un contexte dynamique et un engouement toujours plus fort pour ces pièces de collection, la vente a rapporté près de 44.000 euros frais inclus. Une somme qui ne rivalise certes pas avec la vente de toiles flamandes ou de meubles d’acajou, style retour d’Égypte, mais qui, pour des cartes à jouer vieilles d’une vingtaine d’années pour les plus anciennes, en dit déjà long sur le chemin parcouru par ces paquets à tranche jaune.

Malgré la fébrilité et les chiffres parfois astronomiques que peuvent atteindre les cartes les plus convoitées lors des ventes américaines, cette vente, la première du genre en France, n’a pas été le théâtre d’émeutes ni de coups de théâtre spéculatifs. Sur les 125 lots proposés, moins d’une dizaine était estimée à plus de 1000 euros avec, en guise de pièce maîtresse, un Dracaufeu première édition, sur fond brillant, daté du set de base francophone sorti en 1999. Évalué tout de même à une fourchette de 10.000-12.000 euros, l’objet s’est finalement négocié pour 7800 euros. Presque une aubaine pour l’une des cartes les plus recherchées au monde. Plus accessibles, le reste des lots étaient constitués en majorité de cartes – toutes époques confondues – estimées à moins de 100 euros.

Des classeurs contenant des collections complètes de la première génération de cartes Pokémon, se sont en revanche envolés pour 1300 euros, près de trois fois leur estimation. Une performance pour un ensemble de cartes dont la majorité, assez commune, est davantage appréciée pour sa valeur affective que pour son prix réel sur le marché.

Deux lots vendus jeudi : un Grodoudou estimé à 80-100 euros ; ainsi que le Dracaufeu estimé à 10.000-12.000 euros, finalement adjugé 7800 euros. Vermot et Associés

Un nouveau public

Le pari de cette vente n’en reste pas moins positif pour Vermot et Associés qui, depuis 2018, se contentait de proposer des lots de cartes Pokémon, en fin de vente, au milieu de jouets plus généraux, ou de bande dessinée. Depuis ces dernières années, la valeur des cartes Pokémon rares s’est envolée, multipliée par cinq voire par dix pour les modèles les plus prisés. Ce mouvement s’est encore accéléré depuis les confinements qui, en empêchant la tenue des salons et des brocantes, ont favorisé l’essor des prix et du marché numérique. «Il y a eu un effet boule de neige», observe Florian Bourguet, expert indépendant en bande dessinée et culture populaire qui a travaillé à la vente de jeudi. «Plus les gens achètent, plus les prix montent, plus les prix montent, et plus il y a de nouveaux entrants». En dehors du facteur de crise et de l’essor de marchés numériques, le ressort générationnel semble également avoir joué : les enfants qui avaient des cartes Pokémon au début des années 2000 entrent dans la vie active, et ont désormais les moyens d’embellir voire de compléter leur collection avec les pièces qui leur manquaient. D’autres, au contraire, en profitent justement pour vider, avec profit, leurs réserves.

Quel que soit le motif de leur présence, les acheteurs ont répondu présents à la vente de jeudi, avec près de 300 personnes inscrites au total, tant sur place qu’en ligne. Soumise à une jauge, la salle de l’hôtel Drouot a facilement fait salle pleine avec – en lieu et place des curieux chevronnés et habituels retraités – un public rajeuni, des trentenaires en majorité, davantage habitué aux enchères numériques d’eBay qu’aux règles plus traditionnelles d’une salle de vente. Et dont la découverte des arcanes de Drouot a ralenti le rythme des affaires. «Dans une vente traditionnelle, 125 lots nous occupent une heure, une heure et quart. Or jeudi, la vente a duré un peu plus de deux heures, remarque Florian Bourguet. Les gens n’étaient pas habitués à porter des enchères, c’est nouveau pour eux». L’engagement croissant des salles de ventes présente aussi des avantages, assure Florian Bourguet : «La salle présente un cadre légal et professionnel pour les collectionneurs. On ne part pas dans l’inconnu, alors que sur eBay, la brocante géante cache parfois de mauvaises surprises, voire des arnaques».

En dépit de la levée des confinements en Europe et outre-Atlantique, la ferveur autour de ces cartes ne faiblit toujours pas. Aux États-Unis, les magasins de grande distribution Target ont dû suspendre en mai la vente de cartes Pokémon à la suite d’une violente bousculade dans l’une de leurs enseignes. Les cartes historiques les plus rares se négocient de plus en plus avec des montants à six chiffres : une boîte scellée renfermant 396 cartes Pokémon de 1999 s’est ainsi vendu 408.000 dollars en janvier. Une surenchère qui a été en partie alimentée par des coups d’éclat de vidéastes. Il y a quelques jours, l’Américain Logan Paul est allé jusqu’à porter une carte Dracaufeu – acquise en 2020 pour 150.000 dollars – autour du cou lors de son combat de boxe contre Floyd Mayweather. Une pirouette qui, selon ses propres estimations, vaudrait désormais à son Pokémon en papier carton une valeur d’un million de dollars. Que ce soit en salle de vente ou sur ring, les Pokémon n’ont pas fini d’affoler les pokédex comme les comptes en banque.

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