Le plus vieux monastère chrétien pourrait avoir été identifié dans le désert occidental égyptien


ARCHÉOLOGIE – Fouillé depuis plus de dix ans par l’Institut français d’archéologie orientale, le monastère de Ganoub Kasr al-Agouz pourrait précéder d’au moins un siècle le site historique de Sainte-Catherine du Sinaï.

Elle est une des « îles » du désert libyen décrites par Hérodote. L’oasis d’Al-Barahiya était l’un des cinq poumons qui formaient, dans le flanc occidental de l’Égypte, un réseau d’étapes et de haltes au commerce caravanier qui mettait la Vallée du Nil en relation avec l’intérieur du continent africain. Situé en bordure de cette oasis, le tell de Ganoub Kasr al-Agouz (GQA) vient de révéler aux archéologues d’une mission franco-norvégienne plusieurs nouveaux vestiges datant de l’Antiquité tardive. Avec une première phase d’occupation tout récemment datée du IVe siècle, le secteur pourrait ni plus ni moins abriter l’un des plus vieux – si ce n’est le plus vieux – monastères chrétiens jamais identifiés.

Au milieu de l’indifférence des sables et des roches arides, l’ensemble du site constituait un vaste complexe monacal, situé sur l’ancienne route de pèlerinage formée par ces artères d’oasis semées au milieu du désert occidental. Fouillé depuis 2009, par les chercheurs de l’Institut français d’archéologie orientale, épaulés, depuis une poignée d’années, par ceux de la MF Norwegian School of Theology, le site a révélé six complexes – dont trois églises et plusieurs cellules monacales – éparpillés sur un domaine de près de 80 km2 qui formaient une implantation cénobitique typique du « christianisme des déserts » qui caractérise le fait religieux chrétien de l’Antiquité tardive. Situées à plus de 370 km de l’actuel site du Caire, construits à même la roche désertique, les structures de basalte et de briques formaient des îlots semi-indépendants dans lesquelles vivait, en quasi-autarcie, une communauté recluse dans des cellules dont plusieurs étaient couvertes de textes paléochrétiens en grec, tels que des citations d’Éphrem le Syrien et d’Évagre le Pontique, deux ascètes du IVe siècle.

Contemporain de la dynastie constantinienne

Bien que l’occupation principale du site (et son époque la plus active) était déjà assez formellement située à la fin du IVe – début du VIe siècles, les archéologues soupçonnaient également que sa fondation soit plus précoce encore, une hypothèse que la dernière campagne de fouille vient de conforter. Passé au peigne fin en décembre 2020 par les équipes de Victor Ghica, un nouveau faisceau d’indices donnant du crédit à un établissement très précoce du site a pu être trouvé, dans le secteur GQA1, le plus important en termes de superficie du site. « Sur la base de la stratigraphie, de l’analyse radiocarbone, des fragments de céramique et de verre ainsi que de deux monnaies, la date de fondation du secteur peut être située au milieu du IVe, voire dans la première moitié du IVe siècle », affirme ainsi un communiqué de l’institution norvégienne co-responsable des fouilles. De quoi en faire « le plus ancien site monastique chrétien préservé et daté avec certitude jusqu’à présent ».

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Malgré la prudence de rigueur maintenue par les archéologues, qui précisent que « d’autres datations sont en cours pour établir une chronologie plus sûre du secteur », le site de Ganoub Kasr al-Agouz pourrait donc disputer aux monastères – également égyptiens – de Saint-Paul et de Saint-Antoine, la primeur monacale de l’Église chrétienne. Une fondation tournant autour du milieu voire du début du IVe siècle en ferait par ailleurs un site contemporain de la dynastie constantinienne, qui régna sur l’Empire romain jusqu’en 363.

En dehors de ces précisions chronologiques, la campagne menée en décembre a en outre permis de mettre au jour une église supplémentaire ainsi que dix-neuf nouvelles pièces dans le secteur GQA6 du site, d’après le communiqué du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. L’ensemble du tell Ganoub Kasr al-Agouz brille par son exceptionnel état de conservation – malgré quelques pillages – qui en fait un site historique de première importance dans l’étude des premières communautés chrétiennes d’Égypte. Semi-abandonné dans le courant du VIe siècle, le site monacal est un temps réoccupé au VIIe-VIIIe siècles par une population pastorale. Un héritage qui n’aurait peut-être pas déplu aux anciens habitants de Ganoub Kasr al-Agouz.

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