Diversité, parité, lutte contre réforme de l’assurance chômage… Le meeting politique des César


Alors que les salles sont toujours fermées en raison de la pandémie et que les intermittents réclament la prolongation de « l’année blanche », la 46e nuit du cinéma français était placée sous le signe de la contestation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Anny Duperey, en craignant avant le début de la cérémonie « que Madame Bachelot n’en prenne plein les oreilles ce soir », avait eu le nez creux. La cérémonie des César fut l’occasion de partager leur plaisir de retrouver la scène, mais surtout d’exprimer leur colère et leur frustration.

Marina Foïs, maîtresse de cérémonie de cette 46e édition, ouvre le bal dans un sketch grinçant, signé Blanche Gardin et Laurent Lafitte : « Comme on est en France et que le virus touche surtout les vieux, on a enfermé les jeunes et fermé les cinémas, les théâtres, les musées et interdit les concerts. […] Pourquoi faire les César cette année ? Pourquoi s’acharner ? Faire une cérémonie devant une salle à moitié vide : bouleversant ou pathétique ? », a-t-elle commencé, moqueuse, avant d’ironiser sur la carrière littéraire de la ministre de la Culture. « Madame Bachelot vous sortez un livre en prévente sur Amazon, 18 euros, Ma vie en rose, dans lequel vous donnez votre recette de pâtes au gorgonzola. Vous avez vraiment les petits trucs pour trouver du réconfort pour traverser les crises. »

Corinne Masiero nue sur scène

Isabelle Huppert, qui remettait le César du Meilleur espoir féminin, s’est-elle aussi fendue d’une sortie à destination du gouvernement : « Bon, maintenant il va falloir les rouvrir ces salles de cinéma. C’est plus possible. » Chiara Mastroianni a, ensuite, introduit le secrétaire général de la CGT Spectacle, Denis Gravouil, et sa collègue Salomé Gadafi, lesquels ont réaffirmé leurs revendications alors que plusieurs théâtres sont occupés dans l’hexagone afin d’obtenir la réouverture des lieux culturels. « Nous exigeons l’annulation de la réforme de l’assurance chômage prévue au premier juillet. […] Nous voulons l’année blanche pour tous. Vous êtes nombreux à venir à nos agoras publiques et à nous témoigner votre soutien et votre solidarité sur les réseaux sociaux. Cela fait chaud au cœur. Au nom de tous les occupants, nous vous remercions », ont-ils déclaré.

Cette soirée de revendication a connu son paroxysme avec l’arrivée de Corinne Masiero, dans un costume de Peau d’Âne ensanglanté, tampons usagés sur l’oreille. Capitaine Marleau sans sa chapka a alors entamé un laïus bon enfant autour du caractère non-essentiel de la culture, avant de retirer sa peau, affichant une nuisette digne de Carrie au bal du diable. Puis de se dévêtir complètement, affichant sur sa poitrine le slogan « No culture, no futur », et sur son dos « Rends-nous l’art, Jean », à l’intention du Premier ministre Jean Castex. L’actrice avait, par ailleurs, rejoint les occupants du Théâtre de l’Odéon et foulé, quelques heures plus tôt, le tapis rouge des César, gilet jaune sur le dos.

Ce n’est plus une cérémonie mais un meeting de La France Insoumise. Jeanne Balibar, venue décerner le César du meilleur second rôle féminin (attribué à Emilie Dequenne pour son rôle dans le film d’Emmanuel Mouret) y est allée ensuite de son couplet contre la réforme de, s’en prenant à Muriel Pénicaud et à Élisabeth Borne, celle qui lui a succédé au ministère du Travail, de l’Emploi et des Solidarités.

Anny Duperey, comme beaucoup d’intervenants, a réclamé à Roselyne Bachelot la réouverture des salles.

Plus tôt, au nom sans doute de la convergence des luttes, Jean-Pascal Zadi, primé comme meilleur espoir masculin pour son rôle dans Tout simplement noir, son film, a rendu hommage à Adama Traoré. Nommée dans la catégorie meilleure actrice, Camélia Jordana n’est pas montée sur scène pour défendre les causes qui lui sont chères.

Fanny Ardant, comme souvent, a survolé tous ses débats pour dire son amour et son admiration des hommes. Elle remettait le César du meilleur acteur à Sami Bouajila, formidable dans le rôle d’un père en détresse dans Un fils. Dans ce film, il est tout en contradictions, sonné, furieux, abattu. Mais, lui, au moins, contrairement à beaucoup lors de cette 46e édition des César, a fait triompher le cinéma.

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