La Cour des comptes pointe la «très généreuse» politique de distribution des places à l’Opéra-Comique


Dans un rapport sur la gestion économique de l’institution parisienne dirigée par Olivier Mantei, les magistrats s’inquiètent, selon La Lettre A, des dérives financières.

La Cour des comptes à l’affiche de la salle Favart. Dans un rapport consulté par La Lettre A, qui devrait bientôt être rendu public, les magistrats se sont penchés sur la gestion économique de l’Opéra-Comique entre 2005 et 2018. Selon eux, la salle lyrique, dirigée depuis 2015 par Olivier Mantei, souffre de multiples dérives financières, des frais du personnel en hausse de 50% à effectif constant à un problème de fidélisation du public, que les travaux engagés ces dernières années n’ont pas facilité. La Cour des comptes s’est également intéressée à la distribution « très généreuse » des invitations.

Le rapport souligne ainsi qu’en 2018, par exemple, 5351 places avaient été offertes par la direction, soit l’équivalent de 7,8% des sièges disponibles pour l’ensemble des représentations. Ces places étant pour l’essentiel situées dans les meilleures catégories, donc les plus chères, elles représentent, selon les magistrats, un manque à gagner de 28% sur les recettes des spectacles.

L’Opéra-Comique jure que cette «surdistribution» était passagère et l’explique le besoin de communiquer après la réouverture du théâtre, fermé en 2015 pour grands travaux. «En 2017, après deux années de fermeture, il fallait redonner de la visibilité à l’Opéra-Comique, à Paris, en France et même au-delà des frontières », explique-t-on salle Favart. Des places offertes consacrées à « la presse, des coproducteurs français et étrangers potentiels et des mécènes », précise un représentant. « Nous voulions regagner un public ainsi que de nouveaux partenaires, et assurer le redémarrage et le développement rapide des ressources propres de l’établissement. »

« Les meilleures places des meilleures représentations »

Les rapporteurs s’étonnent cependant de voir, à plusieurs reprises, les «meilleures places des représentations les plus demandées» offertes à «d’anciens, voire de très anciens ministres de la Culture» ainsi qu’à «d’anciens membres de cabinet, et des cadres du privé qui ne sont pas mécènes». Mais pour l’Opéra-Comique, donner ces places est nécessaire. «Il y a des personnes qu’on ne peut refuser. Et il est évident que lorsque vous invitez quelqu’un pour faire un buzz, comme un journaliste, vous vous devez de bien le placer», estime la direction de l’établissement.

Le théâtre, dirigé successivement par Jérôme Savary (2005-2007), par Jérôme Deschamps (2007-2015) puis par Olivier Mantei, candidat malheureux à la tête de l’Opéra de Paris, estime aujourd’hui suivre une gestion financière «maîtrisée et économe». «Nous nous situons à 5% de places offertes, dans la moyenne des autres théâtres nationaux, et nous sommes sous le contrôle du conseil d’administration et des tutelles», explique-t-on place Boieldieu.

En dépit de la fermeture de la salle il y a un an en raison de la pandémie, l’Opéra-Comique a su se démarquer ces derniers mois en proposant une offre originale sur les réseaux sociaux et Internet. Olivier Mantei revendique ainsi plus de 100.000 téléspectateurs pour la captation en direct, proposée en VOD, d’Hippolyte et Aricie, de Rameau, cet automne. Et 90.000 nouveaux téléspectateurs par Titon et l’Aurore, de Mondoville, diffusé depuis 10 jours.

.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*