Sur les flots de la Baltique, les archéologues font la chasse aux pillards d’épaves


La mer aux eaux saumâtres cache d’immenses trésors archéologiques. Une manne historique et financière qui attise de plus en plus la cupidité des voleurs.

Sur les flots agités de l’archipel de Stockholm, quatre archéologues se préparent à plonger dans les fonds de la mer Baltique, qui abrite des épaves exceptionnellement conservées. Leur mission: explorer un navire marchand qui a coulé il y a près de 500 ans, et vérifier qu’il n’a pas été de nouveau visité par des voleurs.

Face à une recrudescence des cas de pillage archéologique ces dernières années, l’équipe des musées maritimes de la capitale suédoise a demandé le renfort au printemps dernier de la marine, des garde-côtes et de la police pour documenter les épaves, les surveiller et détecter toute atteinte. Ce jour-là, Jim Hansson et son équipe doivent rejoindre un site abritant les restes d’un bateau du XVIe siècle, à 28 mètres sous le niveau de la mer.

Revendeurs et collectionneurs en ligne de mire

Découverte en 2017, l’épave est pour les archéologues une source de détails oubliés sur le commerce maritime régional. Mais lors d’une plongée quelques mois plus tard, Hansson remarque que l’endroit sous-marin a été visité: une marmite a disparu. «Je jurais sous mon masque à 30 mètres de profondeur», se souvient le quadragénaire.

L’épave du navire marchant vieille de 500 ans a été découverte en 2007. HANDOUT / AFP

Jusqu’à 20.000 bateaux reposeraient actuellement dans les fonds de la Baltique qui, grâce à ses eaux saumâtres – un mélange d’eau salée et d’eau douce – permet une bonne conservation là où d’autres mers dégradent le bois beaucoup plus vite. Des épaves comme celle-ci, située près de Dalarö, au sud de la capitale suédoise, sont protégées par la loi contre les vols.

Mais certains – «des collectionneurs et autres revendeurs», avancent les archéologues – jugent bon d’aller fouiller les abîmes pour y dérober ces objets séculaires… et ruiner le travail historique. «Si tout est encore là dans l’épave, nous pouvons raconter une histoire aussi proche de la réalité que possible, car il n’y a pas de livres, de croquis, de plans sur ces objets», souligne Jim Hansson.

En novembre 2019, l’archéologue et son équipe, à la recherche d’épaves à exposer dans un futur musée de la capitale suédoise, découvrent un nouveau bâtiment de guerre au large de Stockholm.

L’épave est présumée être le «sister ship» du légendaire «Vasa» qui avait coulé au XVIIe siècle lors de son voyage inaugural avant d’être renfloué en 1961 pour être abrité dans un spectaculaire musée dans le centre de la capitale.

Depuis, ce bâtiment a été préservé des pillages. Mais les archéologues ont remarqué des signes récents d’intrusion aux abords d’autres épaves croisées dans les eaux de l’archipel, où il faut un permis de plongée. Des objets tels que des pièces de porcelaine et de vaisselle en terre cuite ont disparu d’au moins quatre embarcations datant du XVIIe siècle. Masques de plongée et autres couteaux ont par ailleurs été découverts sur place. Début 2020, il est donc décidé d’intensifier les inspections pour mieux détecter les visites. «Nous pouvons revenir et vérifier (…) si des gens sont venus ici piller ou si des causes naturelles ont fait se désagréger l’épave», explique Patrik Höglund, l’un des archéologues.

Les archéologues Jim Hansson et Patrik Höglund prêts à rejoindre l’épave du XVIe siècle. JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Cette fois-ci, soulagement: munis d’une carte 3D du site aux abords de l’ancien navire marchand, Jim et son équipe constatent que les éléments de l’épave visitée n’ont pas bougé – les barils de minerai de fer et les poutres du navire sont toujours en place.

Valeur importante

Avec quelque 1500 kilomètres de côtes suédoises bordées par la Baltique à surveiller, les autorités ont répondu à l’appel des archéologues qui partagent désormais photos, vidéos et cartes en 3D des épaves. Depuis le printemps, les garde-côtes mettent à profit leurs vols quotidiens de surveillance au-dessus de l’archipel pour surveiller les sites et détecter tout signe de plongées non-autorisées.

À la surface, le commandant de la corvette, Patrik Dahlberg, admet que ce job est bien différent de ses tâches habituelles. Mais «nous comprenons la valeur de ce travail, il est utile,» reconnaît-il.

Patrik Dahlberg, garde-côte suédois, qui travaille à la surveillance des sites et à la détection de tout signe de plongées non-autorisées. JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Selon Jim Hansson, la valeur de certains objets est telle qu’il est difficile de dissuader les voleurs. Mais le chercheur espère que les efforts porteront leurs fruits: «s’il y a de l’argent, alors les gens vont essayer de le prendre, donc notre mission maintenant est d’essayer d’avoir un meilleur système».

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