Georges Descrières, le charme éternel d’Arsène Lupin


Si l’incarnation du «gentleman cambrioleur» de Maurice Leblanc par Omar Sy manque de panache, l’ancien sociétaire de la Comédie-Française avait su gagner les cœurs du public au début des années 70 sur la deuxième chaîne de l’ORTF.

Le générique d’Arsène Lupin, interprété par Jacques Dutronc, ayant traversé le temps, les nouvelles générations connaissent le nom du célèbre gentleman cambrioleur. En revanche, beaucoup ignorent que ces couplets sont liés aux vingt-six épisodes d’un feuilleton qui, entre 1971 et 1974, a fait les beaux soirs de la deuxième chaîne de l’ORTF. Le succès a été si fort que Jean-Pierre Melville s’est trouvé dans l’obligation de renoncer à tourner une adaptation des romans de Maurice Leblanc, avec Alain Delon en tête d’affiche. Les deux hommes ont craint, selon la légende, une guerre d’image avec Georges Descrières.

Entré à la Comédie-Française en 1955, devenu sociétaire trois ans plus tard, Descrières a commencé à se faire un nom en jouant les classiques. Son interprétation du Dom Juan de Molière, lui a valu les louanges des fidèles du Français. On a alors salué son talent mais aussi une élégance dans les postures comme dans les mots. Elle est sans doute pour beaucoup dans le choix des producteurs qui, à l’origine, envisageaient de confier le rôle d’Arsène Lupin à Jean-Pierre Cassel, Jean Piat, Pierre Vernier ou Philippe Nicaud.

Une centaine de costumes et postiches

Lorsqu’ils décident de le proposer à Georges Descrières, ils n’obtiennent pas ce «oui» enthousiaste qu’ils seraient en droit d’attendre. Leur interlocuteur hésite. Quelque temps plus tôt, son ami Bernard Noël lui a expliqué combien Vidocq, l’a marqué à vie et au fer rouge. Depuis la diffusion de ce feuilleton en 1967, on ne lui propose que des clones de l’ex-bagnard. Descrières craint qu’en cas d’un succès qui paraît vraisemblable, l’habit et le haut-de-forme de Lupin soient bien lourds à porter et polluent la suite de sa carrière.

Il ne s’imagine pas interpellé par des téléspectateurs l’appelant «Arsène» plutôt que « Georges. Cette offre l’honore, bien entendu, mais il pose une condition : les scénaristes doivent lui faire endosser un maximum de déguisements. Changer sans cesse de visage lui évitera, assure-t-il, d’être reconnu à chaque coin de rue. À l’issue d’une courte négociation, il obtient un feu vert. Grâce à une centaine de costumes et postiches, il va incarner, entre autres, un romancier anglais, un vitrier, un clochard, un valet de chambre, un vieux châtelain, et un employé du gaz. Jouer les Fregoli ne l’empêche pas toutefois de conserver un charme naturel qui lui vaut d’être plébiscité par celles que l’on n’appelle pas encore les ménagères de moins de cinquante ans.

Le succès dépasse d’ailleurs très largement nos frontières. Dans toute l’Europe, on suit avec passion les adaptations, parfois très libres, de L’aiguille creuse, du Bouchon de cristal ou du Sept de cœur. Marthe Keller, Daniel Gélin, ainsi qu’un jeune premier, Bernard Giraudeau, lui donnent la réplique. La critique est unanime. Bien avant la reprise de ce personnage par Jean-Claude Brialy (dont nous vous proposons de retrouver les épisodes sur Madelen) et, aujourd’hui, Omar Sy, dans une transposition saugrenue, il assure brillamment la relève de Jules Berry et Robert Lamoureux qui, au cinéma, l’ont précédé dans ce rôle. Des compliments qu’il n’a visiblement pas volés.

Abonnement gratuit sur Madelen deux mois, puis 2,99 euros par mois.

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