L’Œil de l’INA : l’éternelle jeunesse d’Anne Sylvestre


Chaque semaine, retrouvez nos pépites des archives avec Madelen. Pour rendre hommage à la chanteuse disparue le 30 novembre, à 86 ans, la plateforme de l’institut nationale audiovisuelle a regroupé ses archives dans le cadre d’une «carte blanche» offerte à l’artiste le 13 février dernier.

On ne peut rêver meilleur parrain pour sa première grande émission de télévision. Le 30 septembre 1961, Georges Brassens apparaît dans «Discorama», le temps de dire tout le bien qu’il pense d’Anne Sylvestre et de ce qu’il appelle ses «poèmes chantés». «Parmi les jeunes de la chanson, elle est celle qui se distingue par ses qualités les plus éminentes», dit-il à Jean-Pierre Darras. Il conclut en lui demandant d’interpréter Madame ma voisine. En s’accompagnant à la guitare. Comme lui.

Le 13 février dernier, la chanteuse a moralement rajeuni de six décennies en redécouvrant cette séquence, et quelques autres, le temps d’une «carte blanche» réalisée pour Madelen. Elle se préparait alors à créer un spectacle «Nouveaux Manèges», composé de chansons écrites à la veille de ses 86 printemps. «Si l’on n’écrit pas , on meurt», dit-elle dans cet entretien, où elle se montre plus bavarde que d’habitude. Elle n’a jamais aimé expliquer, elle a toujours préféré raconter, devant un public volontairement limité, mais fidèle.

Dans les années 70, privilégiant la qualité à la quantité, elle a refusé de se produire dans de très grandes salles. Ceux qui insistaient un peu trop avec l’espoir de la faire changer d’avis, ont appris, à leurs dépens, que cette femme, apparemment si douce, était capable de se mettre très en colère. «Bouillir ainsi est un moteur», explique-t-elle dans cette «Carte Blanche», en précisant avoir rayé de son vocabulaire, le mot «sérénité». Cet état d’esprit correspond à sa pugnacité dans des combats qu’elle n’a jamais cessé de mener, à commencer par, le premier d’entre eux, son féminisme revendiqué. Pionnière de la défense de la parité, elle a cependant toujours refusé de signer le moindre manifeste. Ses chansons parlaient pour elle.

«Je suis une chanteuse dégagée», aimait-elle préciser avec un humour qu’elle a cultivé, dès ses débuts dans les cabarets parisiens. À la Colombe, elle a créé des liens d’amitié avec Pierre Perret, tandis qu’aux Trois Baudets, elle est devenue fan d’un ex-mime qui rôdait ses premiers monologues, Raymond Devos. Au Cheval d’Or, rue Mouffetard, est née une complicité avec Boby Lapointe. Il arrivait sur scène en homme-grenouille, et débitait ses couplets dans l’indifférence générale. Anne Sylvestre, en revanche, riait aux éclats. C’est ainsi qu’elle a écrit et enregistré avec lui, Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant. La séquence tournée en 1970 pour l’émission «Top à la Une» est un morceau d’anthologie.

« La seule personne à qui je peux demander des choses en étant certaine que ce sera fait, c’est moi »

Anne Sylvestre

Elle doit enfin sa gloire, voire sa postérité, à des «Fabulettes», enseignées depuis les années 60 dans des centaines d’écoles primaires. Elle a commencé à les imaginer pour endormir sa fille, dans son landau. La première, Veux tu monter dans mon bateau ?, et les suivantes, ont été réunies en 18 CD, dont elle est la productrice. «Parce que la seule personne à qui je peux demander des choses en étant certaine que ce sera fait, c’est moi», disait cette artiste rigoureuse, en évoquant l’enfance qui «se vit, se garde ou se perd». Elle l’a conservée jusqu’au bout. Son regard juvénile en découvrant, sur Madelen, les images de son passé en constitue la preuve flagrante.

Retrouvez ici la Carte Blanche à Anne Sylvestre. Abonnement gratuit sur Madelen deux mois, puis 2,99 euros par mois.

.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*