L’étrange épopée musicale de l’avant-gardiste Mocke


Le guitariste français s’essaie avec brio à la composition pour octuor dans Parle grand canard, son troisième album instrumental. Aventureux, les morceaux de cette nouvelle pièce dressent des ponts avec les musiques classique et contemporaine.

«J’angoisse à l’idée de me répéter». Parle, grand canard, le troisième album de Mocke, résulte d’une injonction que le guitariste français s’est fait à lui-même : casser ses habitudes. Arpenteur d’une pop française avant-gardiste, Dominique Dépret, de son vrai nom, a les oreilles tournées vers le jazz, dont il est fou, le rock, les musiques orientales ou contemporaines. Il est justement loué par la critique pour cette abondance. Depuis vingt ans, il joue l’auteur-compositeur de chansons douces pour feu-Holden et Midget!, l’accompagnateur échevelé pour Mohamed Lamouri, Arlt ou Chevalrex et l’improvisateur féru d’abstraction avec Delphine Dora.

Parle grand canard donne la parole à un octuor de cordes et soufflants, une première pour lui. Cette étrange «petite symphonie» couronne un penchant créatif décuplé depuis son aventure en faux solo. Avant L’anguille (2014) et St-homard (2016), Mocke «ne pensai

Un parcours émotionnel

Quel est ton parcours, la pièce d’ouverture de 16 minutes, a été enregistrée dans un studio de Radio France. Elle concentre l’essence d’un album fait de mouvements étonnants, entre une esthétique avant-gardiste et une musique classique parfois guillerette (Janáček, Chostakovitch, Britten). Il les transfigure de sa griffe insaisissable. Mais s’il est féru d’une «musique abstraite assez austère», Mocke veille toujours à la mâtiner de «fun» et d’humour. Parle grand canard répond d’ailleurs à la question suivante : «Comment faire pour que ça s’enrichisse tout le temps sans que ça soit trop riche?».

C’est là que le sens de l’équilibre et de la dramaturgie de Mocke entre en jeu, dans ces paysages imaginaires portés par le mouvement et des mélodies accrocheuses (un don chez lui). On se croirait dans un western, avec des échos lointains de librairie musicale et des accents irlandais. Mocke sait embarquer l’auditeur et le surprendre dans un même geste, entre répétition et différence. Pour Quel est ton parcours?, il explique avoir voulu «composer un thème assez simple et plutôt mélo, un leitmotiv très accessible qu'(il) pourrai

Mais les seuls mots sont dans les titres. Drôles, intrigants, ils révèlent la poésie spirituelle de Mocke. Autrui est un concept évoque par exemple sa rencontre ratée avec la psychanalyse. Mon nom circule au ministère reprend mot pour mot une phrase prononcée par l’une de ses amies. Mocke joue avec les décalages, s’amuse d’être toujours à côté. Il conçoit, par exemple, Buffala est un idiome comme du jazz qui n’en est pas. «Comme dans Lost Highway de David Lynch, où le morceau de jazz est un simulacre de jazz, le cauchemar d’une scène récurrente», compare-t-il.

Cet album brasse large, mais il reste un témoignage ludique d’une musique érudite. Il n’est «ni jazz, ni pop», exclue Mocke, qui préfère les chemins de traverse. Comme quand il joue chaque jour le répertoire du pianiste jazz Thelonious Monk à la guitare classique, en bon forçat du plaisir, sans savoir encore ce qu’il en fera. Lui, le mélodiste revendiqué se plonge dans l’œuvre de l’un des seuls «capable d’associer la dissonance et la lumière». Un maître du rythme que Mocke, espérons-le, ramènera près de lui dans un prochain disque. En attendant, «ça [l]’inspire

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