«Il ne faut pas que l’argent de Notre-Dame soit dépensé à tort et à travers»


LE FIGARO . – Dans son rapport sur la restauration de Notre Dame, la Cour des Comptes dénonce un manque de transparence dans l’usage de l’argent des dons. Vous êtes sur la même ligne ?

Guillaume POITRINAL .- Ce que la Fondation du patrimoine regrette, depuis le début, c’est d’avoir été écartée des instances de gouvernance de l’Établissement public (en charge de la reconstruction de la cathédrale et dirigé par le Général Georgelin, NDLR). On aurait pu imaginer que les donateurs soient représentés au conseil d’administration, qu’ils puissent faire entendre leur voix. Non pas pour orienter les arbitrages sur les choix de reconstruction, mais pour garder un œil sur les dépenses. Il y a bien un comité des donateurs, mais il ne décide de rien, n’exerce aucun contrôle sur l’usage des fonds, et se contente d’échanger de manière informelle. Jusque-là, il n’a été réuni qu’une seule fois. Dix-huit mois après l’incendie, nous devrions par exemple avoir le budget prévisionnel des travaux, ce qui n’est pas le cas.

Estimez-vous que l’argent des dons est mal employé ?

L’établissement public est sous la tutelle du ministère de la Culture, et sous haute surveillance du Parlement. Ce qui semble être efficace, car même la Cour des comptes ne trouve rien à redire. Mais nos donateurs, petits ou grands, ont versé de l’argent pour financer les travaux de restauration, pas pour financer des emplois de communication ou de recherche de mécénat. L’État a eu la chance de recevoir 825 millions d’euros pour un bâtiment dont il a la charge. Il aurait pu mettre la main à la poche et prendre en charge une partie des 39 salaires de l’établissement public. Il ne faut pas que l’argent soit dépensé à tort et à travers. Nous avons un devoir de surveillance sur la bonne utilisation des fonds.

Y a-t-il une défiance des donateurs ?

Pour l’instant, non, car ils connaissent la réputation de sérieux de la Fondation du Patrimoine. Ils nous réclament, cependant, de la transparence, et attendent que nous, collecteurs, veillions au grain. Le don a une valeur sacrée, encore plus que l’impôt. Il oblige celui qui le reçoit. D’habitude, pour un chantier, on part d’un budget prévisionnel, puis on va chercher l’argent nécessaire pour les travaux. Pour Notre-Dame-de-Paris, c’est l’inverse qui s’est passé. Ce qui veut dire qu’à la fin, il y aura nécessairement trop ou pas assez d’argent. Que fera-t-on alors ? Le lien que l’on aura construit avec les donateurs sera en jeu. En tout état de cause, nous n’avons pas le droit d’échouer, car avec Notre-Dame se joue l’avenir de la philanthropie en France.

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