Romance, la fable hitchcokienne au noir pays de l’amour de France 2


«Après Pigalle, la nuit, Les Témoins, j’avais envie de raconter autre chose que des histoires de tueurs en série», admet au Figaro Hervé Hadmar. Maître des atmosphères étranges où des pointes de surnaturel se mêlent au polar, le scénariste et réalisateur a donc signé Romance pour France 2. Une idylle, là-aussi brodée de fantastique, qui se joue de l’espace et du temps et de nos attentes, voire de nos besoins, en matière de conte.

Ex-interne dégoutté de la médecine, Jérémy vivote. À la Saint-Sylvestre 2018, il remarque dans le club de jazz parisien qui vient de l’engager le portrait d’une inconnue photographiée de dos, revêtue d’une robe légère, entrant dans les vagues. Chargé de ranger les lieux, le passionné de blues s’offre quelques instants sur scène a capella… mais en sortant du bâtiment, quelle n’est pas sa stupéfaction de se retrouver à Biarritz au début des années 1960! La nuit devient encore plus enchantée lorsqu’en sauvant une jeune femme ivre de la noyade, il croise sur la plage l’inconnue de la photo, Alice.

Loué pour son geste de bravoure, Jérémy est pris sous son aile par Chris, le compagnon d’Alice qui l’invite à rester chez eux. Une fois ce périple dans le temps accompli, Romance se soucie peu des règles et des paradoxes d’un tel voyage à travers les âges. Deux, trois traits d’esprit quand Jérémy se venge d’un professeur tyrannique ou profite de ses connaissances historiques pour spéculer sur le marché de l’art, mais pas plus. Ce qui fait vibrer la minisérie, c’est le sentiment amoureux dans sa puissance et sa noirceur.

Une partition virtuose

«On tombe amoureux d’un fantasme, d’une personne dont on ignore tout, on aime le regard qu’elle porte sur nous. Ce qui est beau, c’est de rester épris une fois que l’on se connaît», note Hervé Hadmar. Dont acte, Romance resplendit d’une beauté éthérée, irréelle à l’image de ces protagonistes sortis de gravures de mode. Pierre Deladonchamps au visage de Peter Pan et l’ancienne James Bond Girl Olga Kurylenko. Des failles ne tardent pas à apparaître dans cet Eden. La passion peut s’avérer vénéneuse et le désir se mêler à la domination. Une fois percée la réalité des âmes, restent leurs secrets. Le spectre de l’Occupation n’est pas loin.

Diffusée en bloc de deux épisodes au fil de trois soirées, Romance tisse une partition virtuose qui se métamorphose de mercredi en mercredi. Insaisissable, évanescente. Éloge de l’amour naissant à travers Jérémy et Alice, et leurs mentors, Tony et Margaret (merveilleux Simon Abkarian et Barbara Schulz), cette fiction, de fable sur la revanche se mue en thriller, invoquant les femmes fatales et mystérieuses de Hitchcock.

L’ombre de Sueurs froides plane, tout comme celle du bonheur insouciant et de l’espoir des sixties. À ce titre, Romance est un plaisir pour les yeux et le cœur du spectateur envoûté et entraîné, comme Jérémy, à se plonger dans ce temps de l’innocence.

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