Les Clefs d’une vie: Hélène Carrère d’Encausse, confessions d’une savante du siècle


«Je vais vous dire»: c’est ainsi qu’Hélène Carrère d’Encausse prévient son interlocuteur quand elle a une anecdote ou un souvenir à partager. Ou une confession à faire. Avec la science, l’élégance et la drôlerie qu’on lui connaît, le Secrétaire perpétuel de l’Académie française présentait son dernier ouvrage, publié en novembre 2019: La Russie et la France: de Pierre le Grand à Lénine (Fayard) et répondait aux questions de Jacques Pessis sur Sud Radio, dans l’émission «Les Clefs d’une vie».

Celle-ci ne peut se comprendre trop loin de Sciences Po. «Cette école, c’est ma vie», tonne l’historienne. Elle y aura tout été: élève, thésarde, professeur et membre du conseil d’administration. La grande dame se souvient encore de son épreuve de culture générale. On n’oublie pas les questions d’un certain Monsieur Pompidou. Aujourd’hui, elle continue de croiser ses élèves. «Ils ont de belles trajectoires», sourit-elle en professeur comblé.

Adolescente, des maux de ventre imaginaires lui permettent de se plonger dans les mots des écrivains. En Français, bien sûr. Ses parents sont de toutes les origines, de la Géorgie à la Russie, mais la langue de Molière est de rigueur à la maison. À 21 ans, Hélène pourra faire sa demande de nationalité. Elle n’attend que cela. Le jour venu, elle propose au fonctionnaire de «réciter» la Constitution. «On ne devient pas Français par inadvertance», assure-t-elle encore maintenant.

L’affection d’Henri Troyat

Hélène Carrère d’Encausse fait ensuite le choix de l’histoire. Elle veut comprendre la Guerre froide. Mais se pencher sur la Russie, c’est se mettre à dos les communistes et les anticommunistes. La jeune femme ne cède pas. De même qu’elle ne cédera pas quand l’URSS la considérera comme une persona non grata après la publication de l’Empire éclaté, en 1978. La chercheuse sonde l’histoire du pays des tsars. Elle admire la grande Catherine, si lettrée.

«Henri Troyat m’aimait beaucoup», poursuit Hélène Carrère d’Encausse. Le romancier la propose pour l’Académie française. En 1991, elle devient la troisième femme à pénétrer cette maison. Et la première à la diriger, en 1999, en étant élue Secrétaire perpétuel par la prestigieuse assemblée. «Un travail de PME», s’exclame l’historienne. Notamment quand il s’agit de décider de la construction, sur l’une des propriétés de l’Académie, d’un… poulailler.

Aujourd’hui, Hélène Carrère d’Encausse s’attache à défendre le Français avec le ministre de la Culture Franck Riester. Elle s’inquiète du sort de notre langue, «cette patrie» de tant d’écrivains d’origines étrangères, de François Cheng à Andreï Makine. Quand on lui demande où elle trouve une telle énergie pour enchaîner les ouvrages et les commissions, la grande dame répond simplement qu’elle ne se pose pas la question. Puis reprend: «Je vais vous dire…»

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